Hommage à l'abbé Pierre
Il est terrible le petit bruit de l'œuf dur cassé sur un comptoir d'étain, il est terrible ce bruit quand il remue dans la mémoire de l'homme qui a faim (Jacques Prévert)
Il est aussi terrible ton appel, l’abbé, en cet hiver inhumain, il est aussi terrible lorsqu’il remue dans la conscience de ceux qui ne font rien…
Un demi-siècle plus tard, dans un pays des plus riches de la planète, on aurait pu espérer que ton discours appartiendrait définitivement au passé. Malheureusement il n’aura jamais été aussi actuel et 94 années de ta vie n’auront pas suffi à anéantir l’indigence endémique qui gagne un nombre toujours croissant de nos concitoyens. Pourtant tu auras porté bien haut nos valeurs nationales et le mot « fraternité » n’aura jamais davantage de sens que celui que tu lui as donné.
Quant à ton dernier coup médiatique, à savoir d’attendre l’arrivée de la première vague de froid de cet hiver pour t’en aller, n’y changera pas grand-chose. Mais t’es malgré tout très fort l’abbé !
N’empêche que maintenant nous sommes tous orphelins, car qui va secouer nos consciences pour que nous regardions la pauvreté en face, qui va engueuler - comme tu aimais si bien le dire -les politiques qui cinquante ans durant seront restés quasi-sourds à tes protestations mais qui, tels des vautours se jetant sur la charogne encore tiède, n’ont eu aucun scrupule à récupérer ta disparition pour se faire valoir ; car ta notoriété, ta capacité à fédérer, au-delà de tout clivage et de tout parti, ils te l’envient, ils en bavent ! Mais ne se sont-ils jamais posé la question de savoir pourquoi tu réussissais là où ils échouent? Tout simplement parce que tu es vrai, parce que tu es intègre, parce que tu es cohérent ! Tu partageais la vie de ceux qui souffrent, tu n’as jamais cédé à aucune compromission et surtout tu as fait ce que tu as dit.
Enfin qui va bousculer l’establishment romain qui, outre son anachronisme légendaire, est plus préoccupé par son nombril et les dividendes de ses placements que du bien être de ses ouailles.
Aujourd’hui le Vatican peut souffler car il n’aura plus à craindre les facéties de ce rebelle, de ce mutin, de cet indiscipliné qui se moquait du discours officiel. Et ton insoumission ne date pas d’hier. Déjà en 1942 tu faisais passer des juifs en Suisse, alors que les prélats de l’époque soutenaient le régime de Vichy et cautionnaient la Loi sur le statut des juifs qui aboutira à la Solution Finale. Tu risquais davantage d’être dénoncé par tes (faux) frères que d’être arrêté par la Gestapo ! Enfin, qu’est-ce qui t’a pris d’aller avouer que tu as fauté par péché de chair, ça relève du kamikaze !
Mais ta notoriété t’immunisait et ça bougre, tu le savais !
Tu es à présent aux cotés des plus grands quelque part entre Gandhi, Coluche et Martin Luther King et ton nom apparaîtra bientôt dans les livres d’histoire. Mais ça tu t’en fiches. Le seul hommage qui pourrait te réjouir ce serait que demain chaque homme de ce pays et d’ailleurs puisse avoir un toit au-dessus de sa tête et quelque chose dans son assiette. Utopie ? Certainement, mais là je ne t’apprends rien.
Adieu l’abbé je t'aimais bien
Adieu l’abbé je t'aimais bien tu sais
On n'était pas du même bord
On n'était pas du même chemin
Mais on cherchait le même port…
-
29 Janvier 2007 à 10:22 dans
- Mes livres

